Jean-Michel Ducrot-Sylla

« L'indolente volupté de nous… »

 

C'est d'un geste gracieusement charnel, d'une courbe presque intolérable de la main, qu'on dissimule nos tremblements…
Personne ne sait exactement ce pour quoi on s'enflamme : ce peut être un jardin défleuri, un arbre effeuillé… qui sait ? La peinture de l'immobile, la fixité dans la mouvance, peut-être aussi cette brise de novembre, ce siroco devenu glacial…
Personne ne sait tout à fait ce qu'est la folie de l'autre… peut-être est-ce une musique dans un silence trop sourd ou bien des gammes qui s'épuisent sur un piano vieux de cent ans, mais peut-être aussi un lit languissant au soleil de juin, une ombre en pleine lumière, un fantôme au paradis…
Il m'est impossible de savoir ce pour quoi l'autre est là… comme un parfum en émoi, comme une trace figée, défaite mais visible…
Mais il est des certitudes, des doutes effacés :
Tu as été et tu es encore la glace figée en plein avril, une sorte de trésor caché sous terre, de la mousse sur le sable du désert, une fuite qu'on espère encore, un ennui qu'on étreint sans cesse, un espace vide qu'on essaye de combler, une larme qu'on efface du revers de la main, un souvenir véhiculé au travers des années…
Il n'y a rien en moi qui nous ressemble… seule l'indolente volupté de nous !

© Jean-Michel Ducrot-Sylla
Damas, Syrie , 15 avril 2004

 

 
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